par François Gouesse
Un incendie a ravagé une des cheminées de la TIRU, le 12 mars dernier, entraînant son abattage deux semaines plus tard. Dès le 28 mars, Val de Seine Vert demandait que soit réunie rapidement la Commission locale d’information et de surveillance (CLIS) de cette usine. La réunion a finalement eu lieu le 25 avril. Aucun document préparatoire n’avait été transmis à l’avance aux associations, ce qui rendait plus difficile le dialogue avec l’exploitant (TIRU) et le propriétaire (SYCTOM). De ce fait, et en dépit de la bonne volonté de tous, des imprécisions, des interrogations et des incompréhensions demeurent.
Depuis le 31 décembre 2005, l’usine du quai de Stalingrad, celle que tout le monde appelle « la TIRU » est hors-la-loi parce qu’elle ne répond plus aux exigences sanitaires d’aujourd’hui. Mise en service en 1965, cette quadragénaire n’a jamais été capable de répondre aux exigences de qualité et de quantité de rejets que la loi et les règlements imposent désormais.
Son remplacement par une usine capable de respecter ces règles, qui visent à limiter les risques pour la santé du public, n’aura lieu qu’à la fin de l’année prochaine. À cause de cette programmation défaillante, une période de transition s’est donc ouverte. Ses trois premiers mois n’ont pas été le début d’un « long fleuve tranquille ». Ils ont été perturbés par deux événements majeurs : La prolongation de l’exploitation en dépit des risques sanitaires et l’incendie inexpliqué du 12 mars 2006.
La Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) qui chauffe plusieurs hôpitaux et bon nombre d’immeubles à proximité a, elle aussi, mal planifié le renouvellement de ses installations et se trouvait incapable d’assurer en janvier et février derniers un chauffage suffisant en cas de grand froid. Cela a obligé l’État à réquisitionner l’usine pour la période allant du 28 décembre au 28 février. Pendant ces deux mois, l’usine devait conserver une activité permanente réduite lui permettant de monter très vite en pression en cas de forte baisse des températures. C’est ce qu’il a fallu faire pour 14 journées entre fin décembre et le 4 février. L’arrêt progressif (et définitif) des quatre « fours » a eu lieu les 20, 21 et 22 février, aboutissant, selon les termes même de l’exploitant, le mercredi 22 février à 24 h, à un « arrêt total des émissions gazeuses ».
La réduction d’activité par rapport à une exploitation en régime de croisière n’est pas très convaincante : depuis le début du siècle, 550.000 t sont, en gros, incinérées chaque année, soit un peu plus de 10.000 t/semaine. Pour les sept semaines et demie d’exploitation de 2006, plus de 70.000 t ont été incinérées. Le rythme est donc proche du régime habituel ! Les rejets sont, selon les données synthétiques fournies à la CLIS, tout à fait dans le prolongement de l’exploitation de l’année 2005. Ces quelques semaines supplémentaires d’exploitation, qui se sont déroulées sans incident majeur, ont conduit à la prolongation de rejets nuisibles ou toxiques allant du légèrement supérieur (+ 10 %) au triple de ce que les connaissances scientifiques ont conduit à imposer aux installations modernes. Cela concerne l’acide chlorhydrique, les oxydes de soufre et d’azote, les poussières, les métaux lourds et les dioxines ! Il était bien temps que ça s’arrête, sachant qu’on nous promet que la future usine, aujourd’hui en chantier, satisfera enfin à ces normes. Il faudra veiller à ce que ces engagements soient tenus dès le démarrage de l’installation.
C’est une usine à l’arrêt depuis 3 semaines qui a brûlé dans la nuit du 12 mars dernier.
Selon l’exploitant, les résidus du traitement des fumées et les produits chimiques nécessaires à ce traitement avaient déjà été évacués et la fosse à ordures n’a pas été atteinte par l’incendie. Les matériaux qui ont servi de combustible seraient pour l’essentiel des matières plastiques (polystyrène, polyuréthane et polypropylène) éventuellement armées de fibres de verre. C’est en particulier le cas des conduits internes de la cheminée, à propos desquels nous avons découvert qu’ils n’étaient ni en inox ni en briques mais bien en un matériau plastique qui, paraît-il, résiste bien mieux que l’inox à la condensation de l’acide chlorhydrique.
Pendant des années, des naïfs (nous en fûmes) ont cru ceux qui disaient ou laissaient entendre que seule de la vapeur d’eau sortait des cheminées, indiquant la direction du vent…
Toujours selon l’exploitant, vu la quantité de matériaux mis en cause et leur nature, l’incendie aurait eu un impact « correspondant à l’incendie des plastiques contenus dans environ 15 voitures ». (Curieuse unité de mesure dont nous laissons la responsabilité à ses auteurs). Une chose est certaine, ce soir-là, le vent venait de l’est, poussant les gaz de combustion et les suies vers l’île Saint-Germain et vers Boulogne-Billancourt mais loin de la station de mesure des pollutions de l’air d’AIRPARIF située à Issy-Centre qui n’a rien détecté d’anormal.
Le vent a également emporté vers le Parc de l’île Saint-Germain des déchets de combustion, matériaux fibreux souillés de matières noires (suies, goudrons ?) qui n’ont été collectés que progressivement au cours de la semaine suivante, le Parc restant ouvert pendant cette période. Leur analyse est en cours. Nous avons conservé un échantillon important pour pouvoir, si nécessaire, faire réaliser une contre-expertise.
Sur les causes ou l’origine de l’incendie, les enquêtes sont en cours. Une chose est certaine, et heureuse : les sapeurs-pompiers sont intervenus très rapidement. Il semble en effet que, prévenus par des riverains, ils soient arrivés avant que les personnes présentes à ce moment dans l’usine aient pris conscience que quelque chose d’inhabituel était en train de se passer.
L’une des cheminées avait été fragilisée par l’incendie. Cela a imposé l’évacuation des logements voisins et le relogement des habitants, ainsi que l’arrêt de l’activité de transfert de déchets, jusqu’à l’abattage de cette cheminée qui a eu lieu le 26 mars. Depuis, l’activité a repris au rythme de 30.000 t/mois. « Transfert de déchets », cela veut dire que les bennes à ordures classiques viennent livrer, comme autrefois, puis que leur contenu est réceptionné, déversé dans des trémies puis transféré dans des camions gros porteurs qui, à raison de plus de 60 rotations par jour, les emportent vers des usines d’incinération ou des centres d’enfouissement (décharges). Pendant les travaux, le ballet des camions et des bennes continue… En attendant la mise en route de la future usine, cette pollution-là demeure bien réelle. Cela suffit pour se rappeler que le seul déchet non polluant, c’est celui qui n’est pas produit ! Continuons donc à agir pour la suppression des emballages inutiles et pour une politique plus ambitieuse de tri.