La Lettre n° 39, p. 4
Terrains Renault : Les choses avancent, mais à quel prix !
Article mis en ligne le 15 mai 2006
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par Bernard Chartrain

Au cours des derniers mois, quelques avancées décisives ont eu lieu. Mais l’endettement de la ville s’accroît, alors que les recettes nouvelles ne viendront que dans plusieurs années.

La presse nationale a parlé du choix de Boulogne-Billancourt comme siège de l’Institut national du cancer (INCA). Cet organisme, institué par la loi du 9 août 2004, doit fonctionner avec 170 collaborateurs. C’est peu, sauf s’il entraîne dans son sillage, et en nombre suffisant, des entreprises spécialisées dans la recherche médicale ou le médicament. Actuellement et pour environ deux ans, il est installé dans un immeuble de l’avenue André Morizet d’où il doit - en répartissant les subventions publiques - coordonner les moyens de lutte contre le cancer en France. Son siège définitif, en 2008, sera sur l’île Seguin. Le département des Hauts-de-Seine et surtout la ville de Boulogne-Billancourt consentent un effort financier important en sa faveur pour des retombées indirectes et lointaines. L’INCA, en effet, est dispensé de taxe professionnelle.

Le pôle Médiatech Santé - bureaux et laboratoires, publics et privés - devra se développer dans la mouvance de l’INCA. La volonté de l’État de lutter contre le cancer devrait le favoriser. Mais on ignore encore dans quelle mesure il favorisera concrètement Boulogne. En terme d’emplois et de rentrées fiscales, et non seulement en terme d’image. La question doit être posée puisqu’il a été défini comme « un pôle de compétitivité éclaté entre plusieurs villes d’Ile-de-France ».

L’hôtel de grand standing prévu sur l’île Seguin semble bien engagé, puisque l’entreprise adjudicataire est choisie (162 chambres, restaurant, centre de conférences, salons). Toutes les autres implantations sur l’île Seguin demeurent « en cours d’étude », au dire du maire. Il s’agit de l’université américaine de Paris, de la résidence pour chercheurs (12 000 m2)), de la Scène de musiques actuelles (SMAC) et, bien sûr, d’un équipement culturel à la pointe aval de l’île pour lequel le comité d’experts doit «  avant l’été » rendre des conclusions que l’on espère précises et concrètes.

Les choses sont-elles mieux engagées sur le Trapèze (rive droite) ? Deux îlots, l’un de bureaux, l’autre alliant bureaux, logements et équipements collectifs, sont maintenant bien définis. Les chantiers devraient y ouvrir dans les prochains mois. Trois autres îlots en sont au stade des jurys de sélection. Enfin, les équipements publics se précisent. Le magazine municipal Boulogne-Billancourt Informations (BBI) a publié un plan du parking souterrain de 600 places dont le chantier ne s’achèvera qu’en 2009. Le nouveau pont, quant à lui, devra entrer en service fin 2007. Renault cède à l’euro symbolique le sol des futurs espaces publics (rues et espaces verts), mais la ville doit acheter au prix commercial les terrains nécessaires aux autres équipements (crèches, écoles, administrations, salle de spectacle et INCA).

On peut s’étonner, au passage, que ce ne soit pas l’État, « fondateur » de l’INCA, qui dote celui-ci du foncier dont il a besoin. Que pensent les contribuables boulonnais de cette générosité inhabituelle à laquelle leur municipalité a été acculée ? Les services financiers municipaux avaient prévu un coût pour la collectivité de 144 M €, étalé sur 12 ans. Il s’y ajoutera des dépassements que certains évaluent déjà à 20 M €. L’endettement de la ville va donc s’accroître. Malgré cela, Jean-Pierre Fourcade tient un discours optimiste. Au prix de «  quelques économies de gestion » - lesquelles ? - il pense réussir «  sans majoration de la fiscalité » (déclaration en Conseil municipal, le 26 janvier 2006). Il faut dire que l’on a déjà procédé à des hausses atteignant 13,8 %, entre 2000 et 2004, ce qui n’a pas empêché la dette consolidée de la ville de grimper à 224 M € (chiffres cités par Marc Fusina, conseiller municipal PS, BBI, mars 2006, p. 32).

Au niveau de la population boulonnaise, il est permis d’espérer de réelles retombées en terme d’emploi. Si l’INCA recrute bien au-delà de la ville, il ne devrait pas en être de même pour les labos qui l’environneront. Le maire a fait savoir qu’il incitait le rectorat à créer des formations post-bac dans les métiers paramédicaux. Il se préoccupe de même des métiers du bâtiment. On estime que 3.000 emplois (équivalent plein-temps) seront nécessaires jusqu’en 2014 pour réurbaniser Billancourt. Si l’ANPE, la mission locale de l’emploi et les fédérations du bâtiment unissent leurs efforts et que des formations qualifiantes sont dispensées sur place, ces emplois devraient profiter en priorité à des jeunes recrutés à Boulogne et dans les villes voisines.

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